René Guénon, martiniste, gnostique et franc-maçon, converti plus tard à l'Islam et devenu cheikh 'Abd al-Wahid Yahya, fut l'un des plus grands interprètes de la Tradition et des études ésotériques et initiatiques. Il ne prétendit jamais à autre chose qu'à exposer, dans les limites du langage courant, les idées véhiculées par le symbolisme, le rituel et la méthodologie opératoire des «formes traditionnelles», comprises comme des voies vers la perfection spirituelle humaine.
Elle vise plutôt à exposer certains aspects fondamentaux des «formes traditionnelle» (Taoïsme, Hindouisme, Islam, Judaïsme, Christianisme, Bouddhisme, Hermétisme, Franc-maçonnerie, Compagnonnage, Cultes à mystères, Alchimie, etc.), appréhendées comme différentes expressions du sacré, contribuant au développement des potentialités spirituelles de l'individu, en relation avec le macrocosme.
Il a pu écrire grâce à un contact direct avec divers maîtres, gardiens des doctrines traditionnelles, auprès desquels il a puisé une expérience directe qui a nourri ses études et ses recherches. Dans son œuvre de recherche immense, Guénon a délibérément adopté une approche non systématique: son enseignement suit un processus non linéaire et le lecteur peut l’aborder à n’importe quel stade avec la certitude d’y trouver des clarifications doctrinales complètes en elles-mêmes.
L’étude que nous présentons ici, intitulée
La Cité divine, publié dans la revue
Études Traditionnelles en Septembre 1950, constitue une pièce maîtresse de l’édifice doctrinal de René Guénon. À travers ce texte, Guénon ne se livre pas à une simple analyse étymologique ou historique, mais nous convie à une véritable exploration métaphysique du symbolisme du «Centre».
Le point de départ est le concept de
Brahma-pura dans la tradition hindoue, où la «cité» n'est autre que le réceptacle du Principe divin au cœur de l'être. En s'appuyant sur les travaux d’A. K. Coomaraswamy, l'auteur démontre avec la rigueur qu'on lui connaît comment les racines linguistiques du sanscrit, du grec et du latin convergent pour révéler une identité fondamentale entre l'idée de plénitude, de population et de résidence intérieure.
L’article développe trois axes essentiels qui structurent la pensée traditionnelle:
- Le rapport entre le vide et le plein: Comment le Purusha (le Principe) anime et actualise le «champ» de l’existence, qui sans lui demeurerait une pure potentialité.
- L’analogie macrocosme-microcosme: Le passage de la «Jérusalem Céleste» ou du «Soleil spirituel» au cœur de l'individu, reliés par le fil invisible du sûtrâtmâ.
- La critique de la modernité: Guénon conclut sur une mise en demeure de la civilisation moderne. Il rappelle que toute organisation humaine ne peut être dite «normale» ou «civilisée» que dans la mesure où elle prend pour archétype cette Cité divine.
En reliant les mythes des automates du
Kathâ-Sarit-Sâgara au symbolisme de la lumière et du tissage, René Guénon nous offre une clef de lecture universelle. Ce texte rappelle que le véritable gouvernement, qu'il soit celui de soi-même ou de la cité des hommes, doit impérativement s'ordonner selon la présence de l'«ordonnateur interne».
C'est une invitation à redécouvrir la dimension sacrée de l'espace et de l'être, au-delà des contingences matérielles de notre époque.